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Je suis séminariste

Ludwig, 26 ans, bientôt ordonné diacre à Leers

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Dans un an, Ludwig Bellynck sera ordonné prêtre après avoir passé six ans au séminaire.

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Un choix hors du commun pour ce jeune homme que rien ne distingue de ses semblables. Il ne manque pas de franc-parler et n'élude aucune question.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR GILLES MARCHAL > gilles.marchal@nordeclair.fr


Comment est née votre vocation ?
>> Je suis issu d'une famille de tradition catholique mais pas plus pratiquante que la moyenne. Je suis allé au caté et après ma profession de foi je me suis dit "chouette, je ne vais plus devoir aller à l'église". Quand j'étais ado, je ne voyais pas ce que ça pouvait m'apporter, pour moi c'était un truc de grand-mère. Mais vers l'âge de 17 ans, ma mère est tombée gravement malade. Sa vie de prière m'a interpellé.

Ç'a été le déclic ?
>> En fait, à l'époque je me disais "c'est n'importe quoi". S'il existait un Dieu, je l'imaginais à la Harry Potter avec sa baguette magique. Ma mère m'a montré que Dieu était tout puissant... d'amour. Et qu'il se fait proche des gens pour garder l'espérance. Ça m'a réconcilié avec la foi.

De là à entrer au séminaire il y a une marge...
>> En 2005, Jean-Paul II est décédé. J'ai vu une émission qui retraçait sa vie : il a fait tant de choses tout au long de sa foi. J'ai compris que dans la foi, on ne roule pas pour soi, on se met au service des autres pour plus d'humanité, pour faire grandir le monde. Chacun avec ses moyens, ses forces et ses faiblesses. Je me suis dit pourquoi pas moi. J'ai laissé cette idée dans un coin de ma tête puis un jour, à Cassel d'où je viens, j'ai rencontré un jeune prêtre épanoui dans sa mission au service des autres. La question a alors ressurgi.

Visiblement, votre vocation n'est pas spontanée, elle est le fruit d'une série d'événements

>> On croit que la vocation tombe du ciel, ce n'est pas toujours vrai même si chacun a son itinéraire. Moi je suis arrivé avec mes questions. C'est comme dans un couple, il ne faut pas de confiance aveugle. Parfois on s'engueule.

On peut s'engueuler avec Dieu ?
>> Il y a des moments de révolte, de doute. C'est normal. Ça permet d'avancer.

Vous ressemblez à tous les jeunes de votre âge
Vous êtes loin de l'image d'Épinal qu'on a du séminariste...
>> Être à contre-courant de la société d'aujourd'hui ne m'empêche pas d'avoir un iPhone. Les prêtres ne sont pas en dehors de la société, sinon ils sont à côté de la plaque. Jésus était auprès des gens même s'il était à contre-courant. C'est important d'être dans le coup.

Et le célibat ?

Les séminaristes de votre âge ne rêvent-ils pas d'une réforme qui le rendrait facultatif ?
>> Les deux tiers des mariages capotent, il y a une crise de l'engagement. Que ça soit le célibat ou le mariage, ce qui est fort, c'est de s'engager. Mais les prêtres restent des hommes avec leurs pulsions, ce sont des êtres sexués. Quand je vois une belle femme dans la rue je me dis, "tiens, elle est belle", comme peut le faire un homme marié. Mais j'ai fait un choix et j'essaie d'honorer ce choix.

C'est facile ?
>> Ce n'est jamais facile, dire le contraire serait mentir. Mais c'est un choix, pas un interdit.
Certains ont quitté le séminaire car ils avaient une copine, c'est leur choix. Pour moi la question ne se pose pas, je pense que le célibat est important, un prêtre doit pouvoir être disponible auprès des gens.

Cela ne réglerait-il pas le problème des vocations ?
>> Non, je ne crois pas. Le noeud du problème c'est la sécularisation de la société : si on a des chrétiens, on aura des prêtres.

Comment a réagi votre entourage quand vous leur avez annoncé votre choix ?
>> Ils ont respecté ce choix, mon grand frère et ma grande soeur un peu allergiques à l'Église comme ma petite soeur catholique. Mon père était très content, il est heureux si je vais bien, tous les séminaristes n'ont pas cette chance. Certains de mes amis m'ont dit "tu tiendras pas trois mois". Aujourd'hui ils sont assez étonnés.

Vous parlez sans détour, assez franchement, cela ne correspond pas non plus avec l'image qu'on a des prêtres
...
>> Faire de grandes catéchèses reste de la parlotte si tu ne touches pas les gens. L'important, c'est de créer une relation.

Vendredi vous serez ordonné diacre avant de devenir prêtre dans un an. Quelle différence entre les deux ?
>> Diaconos en grec, c'est le serviteur. Le diacre s'engage, souvent auprès des plus petits : les migrants, les prostitués, les prisonniers. Les prêtres, eux, ont la responsabilité de la communauté. Le diacre a un rôle d'acteur social, le prêtre de fédérateur.

Comment vivez-vous l'approche de l'ordination ?
>> Je ne réalise pas trop. Je l'aborde sereinement, je reste zen. Tout ne s'arrête pas ce jour-là. Ça va être un moment fort. À Leers, il n'y a jamais eu d'ordination dans l'église, pour les gens qui m'ont accompagné ce sera une reconnaissance que ça se fasse ici, en dehors du tralala de la cathédrale.

Comment serez-vous dans 10 ans ?
>> J'espère que je serai le même, nourri de toutes mes rencontres. J'espère que je serai resté dans le coup. J'espère aussi que je serai prêtre. Où ? Peu importe, partout il y a des gens à aimer.

( http://www.nordeclair.fr/Locales/Roubaix/Environs/2012/06/25/ludwig-26-ans-bientot-ordonne-diacre-a-l.shtml )

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